Le massacre de Jonestown

Jonestown

En 1978 le monde est abasourdi par des images épouvantables en provenance du Guyana. Plus de 900 personnes se sont données la mort en buvant un jus de fruit contenant du cyanure et du valium. Le sol est jonché de cadavres dans cette communauté fondée par le révérend Jim Jones. Qu’a-t-il bien pu se passer pour que près de 900 personnes trouvent la mort de façon aussi désespérée ? Comment cela a-t-il pu se produire ? Et pourquoi personne n’a-t-il rien vu venir ? Et surtout se sont-ils tous suicidés ou y-a-t-il eu une intervention extérieure ?

Les faits

Novembre 1978 dans la communauté de Jonestown au Guyana (nord de l’Amérique du Sud) les militaires américains découvrent avec horreur les cadavres de 909 à 914 (le nombre n’a jamais été connu avec certitude) personnes qui se sont suicidées en buvant du jus de fruit additionné de valium et de cyanure. 167 personnes échapperont à la mort et décriront ce qu’il ont vu et entendu. Le révérend Jim Jones a poussé ses fidèles à se donner la mort en avalant un breuvage empoisonné. D’après les récits, les parents auraient d’abord fait boire la limonade aux enfants, avant de l’avaler eux-mêmes. Puis le révérend Jim Jones et son infirmière de service se seraient mutuellement suicidés par balle. Les survivants racontent aux médias la terrible fin de cette église créée par Jones. Le monde est abasourdi par ce qu’il vient de voir, et les questions commencent à pleuvoir. Comment a-t-on pu laisser un tel carnage se produire ?

L’église du Temple du Peuple

Fondée au début des années 60, le Temple du peuple fut créé par le pasteur Jim Jones dans l’Indiana, puis en  Californie. Son but était de venir en aide aux déshérités et aux minorités ethniques, telles que la communauté noire. Fort de son succès, Jones ouvre plusieurs autres antennes à travers la Californie et rassemble jusqu’à 20'000 fidèles. Il crée des garderies, des dispensaires et des cantines pour les personnes en difficultés. Excellent orateur et mêlant habilement idéalisme et marxisme, il prône le partage pour tous et le rejet de la société actuelle, qui n’offre que désillusion, égoïsme et discrimination.

Par ce biais, Jones pousse ses adeptes à lui laisser fortune, biens matériels et à laisser derrière eux leur ancienne vie. D’un autre côté, fort de son charisme et de son bagout, il réussit à entrer dans la politique locale et à obtenir des subsides de l’état et des politiciens pour son église et son travail de bénévolat.

Soutien politique

Jones devient une figure emblématique en Californie et, en 1976, fort d’un soutien politique conséquent, il milite pour la candidature démocrate aux élections présidentielles de 1976. Il rencontrera même la future première dame des Etats-Unis. Cette aura lui permettra en outre d’obtenir d’avantage de fonds pour son Eglise du Temple du Peuple.

Premières révélations

Seulement, cette ascension suscite des interrogations, notamment auprès des journalistes, qui commencent à enquêter sur Jones. Des premières révélations font état de pratiques douteuses au sein de la communauté du Temple. On parle de jeux sexuels, de maltraitance et surtout de détournements de fonds. Jones aurait viré des sommes conséquentes sur des comptes bancaires internationaux dans des paradis fiscaux. On parle de centaines de milliers de dollars.

Mais le soutien politique dont il jouit, lui permet de continuer d’administrer son église sans être inquiété. Pourtant Jones semble devenir de plus en plus paranoïaque face aux journalistes. Un climat malsain s’installe entre le révérend et les médias. Il ne veut plus que ses fidèles soient filmés ou interrogés.

La pression s’accentue

En 1977, suite à diverses révélations d’anciens membres et de journalistes, Jones est poursuivi en justice pour outrages aux mœurs et doit subir un contrôle fiscal. Il décide de fermer toutes ses églises en Californie et de partir au Guyana, où il a fait construire un village depuis 1973, qu’il définit comme la Communauté agricole du Temple du Peuple. Cette communauté est censée vivre en totale autarcie. Jones pense que le Guyana sera le seul endroit épargné par une éventuelle apocalypse nucléaire. Il exhorte ses fidèles à le suivre dans ce qu’il appelle une nouvelle vie de partage loin de ce pays qui ne veut plus d’eux. Ils sont près d’un millier de fidèles à suivre le révérend dans ce pays d’Amérique du Sud.

Guyana

C’est en plein cœur du Guyana à 60 kilomètres de la frontière du Vénézuela que Jim Jones a construit son camp retranché. Il y installe une grande salle de prière, une cantine, une garderie et de nombreuses petites maisons que se partagent les fidèles. Jones est un homme intelligent et il va faire en sorte d’obtenir le soutien des autorités locales en leur faisant miroiter le bien-fondé de sa communauté. Il s’entoure également d’un avocat pour les questions juridiques. Il sait pertinemment qu’aucune extradition ne sera possible sans l’accord des autorités locales.

En 1978 de nouvelles accusations fleurissent sur le Temple du Peuple. D’anciens membres de la secte qui ont quitté le Guyana parlent des conditions déplorables dans lesquelles ils ont vécu. Baraquements sordides et sales, travail incessant (jusqu’à 16 heures) pour de maigres rations, réveil brutal au milieu de la nuit pour écouter les sermons de Jones et surtout dictat du révérend. Les relations entre membres doivent avoir l’approbation de Jones. Les enfants doivent appeler le révérend Papa. Châtiment corporel et climat de terreur avec des gardes armés autour du camp. Et surtout Jones se réserve le droit d’avoir des relations sexuelles avec plusieurs femmes et adolescentes. Enfin pour couronner le tout, Jones fait des répétitions de suicide collectif.

Toutes ces accusations commencent sérieusement à inquiéter beaucoup de monde aux Etats-Unis et certains milieux ainsi que certaines familles décident de prendre le taureau par les cornes. Une information judiciaire est lancée contre Jim Jones, qui réplique par son autorité judiciaire qu’en aucun cas les fidèles sont retenus de force et qu’aucune arme n’est utilisée dans l’enceinte du camp. Son épouse légitime va même jusqu’à renforcer les arguments de l’avocat en invitant quiconque à venir se rendre compte de la situation et qu’il pourra partir quand il le veut. Jones va même pousser les autorités locales à faire un communiqué indiquant que tout se passe bien et que cette communauté est une bonne chose dans ce pays.

Leo ryan

Fort de cet appel, et pressé par Margareth Singer (collaboratrice d’une section anti-sectes), le député Léo Ryan décide alors de se rendre sur place accompagné d’une commission et de journalistes de NBC. Seulement le problème, c’est qu’il faut un intermédiaire sur place. Ils ne peuvent pas débarquer sans autorisation et sans escorte. Et ni l’ambassade, ni les autorités locales ne veulent intervenir dans ce dossier. Le gouvernement américain va donc faire pression sur Jones, afin qu’il accepte de recevoir Ryan, et que les autorités juridiques du révérend accueillent la commission. Sous la pression Jones accepte et le 17 novembre l’avion de Ryan se pose sur le petit aéroport de Port Kaituma, près de Jonestown. La commission est accueillie par les autorités juridiques du Temple et est emmenée jusqu’à l’emplacement du camp.

Entrance of jonestown

Sur place tout va pour le mieux en apparence. Ryan est surpris par la propreté et par les discours de fidèles, qui indiquent qu’ils sont heureux de vivre ici, et que s’ils décident de partir, personne ne les retient. Seulement Ryan n’est pas dupe, il sent bien que c’est une belle grande mascarade pour noyer le poisson, et le lendemain, le bel édifice commence à s’effriter. Lorsqu’il rencontre Jones, Ryan lui transmet un message en papier qu’un journaliste a reçu d’un adepte, sur lequel figure un appel à l’aide. Jones commence à perdre patience et explique que c’est une personne qui veut lui nuire. Le révérend sent alors que la partie est en train de lui échapper et conjure Ryan de quitter Jonestown et de les laisser tranquille. Il précise même qu’il peut prendre avec lui des adeptes qui souhaiteraient s’en aller. Ryan prend Jones au pied de la lettre et quitte Jonestown avec une trentaine de personne. Le révérend semble alors serein, jusqu’à ce qu’un caméraman filme un murmure que Jones transmet à un des hommes de main.

Sur le tarmac de l’aéroport, la délégation est en train d’embarquer lorsqu’un individu qui s’était mêlé aux voyageurs, sort un pistolet et abat Ryan dans l’avion prêt à décoller. Soudain un tracteur avec une remorque surgit par l’arrière. Un dizaine d’hommes armés font feu sur la délégation. Le député Ryan, ainsi que deux journalistes sont tués sur le coup. On dénombre également une dizaine de blessés. Un des avions réussit néanmoins à décoller à destination de Georgetown. Immédiatement l’information est lancée aux instances gouvernementales guyanaises et américaines, et une opération militaire est mise sur pied pour arrêter Jim Jones et toute sa clique.

Guyana airways plane on kaituma airstrip

Jones sait qu’il a gravement « merdé » sur ce coup-là et qu’il a atteint le point de non-retour. Aussi s’emploie-t-il à rassembler tous ses adeptes afin de leur expliquer que le député Ryan s’est fait abattre sur le tarmac et que les représailles seront inévitables. Il est donc temps d’en finir pour le salut de leur âme. Le temps de l’Apocalypse est venu.

Jones ordonne le remplissage de deux fûts de 200 litres de limonade auquel seront ajoutés du valium et du cyanure. Les parents font boire la mixture aux enfants avant de l’ingurgiter eux-mêmes. Jones et son infirmière mettront fin à leur jour peu de temps après en se tuant par balle. Seuls 167 survivants échapperont au massacre.

L’armée qui arrive trop tard ne peut que constater les dégâts et l’horreur des 909 ou 914 victimes du Temple du Peuple. L’émotion est vive et les images des corps agglutinés les uns contre les autres font le tour de la planète. Place maintenant aux questions et aux rapatriements des corps.

Jim Jones

Jones

James Warren Jones est né dans l’Indiana en 1938. Fils d’un ancien membre du KKK et d’une mère soi-disant Cherokee, Il manifeste très tôt un intérêt pour la religion, et dans les années 50, il devient prédicateur. A la fin des années 50 il fonde sa première église à Indianapolis « Les ailes de la délivrance » avant de la renommer « Le temple du Peuple ». De 1961 à 1963 il rejoint le Brésil en tant que missionnaire s’occupant d’orphelinats et des démunis. Il s’enfonce dans les contrées les plus reculées pour rendre visite aux tribus. En 1964 il est ordonné pasteur par une église qui prône les mêmes traitements pour les noirs que pour les blancs. Il milite alors pour l’égalité raciale et le socialisme apostolique. Très vite ses prêches attirent les foules et l’expansion commence à mijoté dans la tête de Jones. Il décide de quitter l’Indiana, terre agricole et pauvre, pour la Californie, plus riche et plus dense. En 1966 il fonde sa nouvelle église près de Los Angeles, achète des immeubles et des cars, dans lesquels il envoie ses disciples faire du prosélytisme dans la cité des anges et à San Francisco. Il commence déjà à développer une paranoïa concernant un holocauste nucléaire.

1971 est l’âge d’or du Temple du Peuple. Jones rachète une synagogue qu’il transforme et une église à San Francisco. Il est cité en référence grâce à ses dispensaires, ses restaurants sociaux, ses ateliers, ses crèches ainsi que l’aide qu’il apporte à la réinsertion des marginaux et des drogués. Il devient extrêmement populaire et l’ami de nombreuses personnalités politique. Il soutient des candidats, ce qui renforce encore plus son aura auprès de la presse et des masses populaires. C’est à cette période qu’il développe une sorte de folie des grandeurs en effectuant des cultes avec des pseudos guérisons miraculeuses qui n’ont que le nom, puisqu’elles sont loufoquement mises en scène. La suite…. On la connait !

Comment a-t-on pu laisser Jones partir au Guyana ?

En fait le problème est assez compliqué. Jones avait déjà amadoué les instances gouvernementales guyanaises pour qu’elles lui cèdent 110 hectares dans la jungle en 1973. Ce qu’il faut savoir, c’est que le Guyana est sous pression du Vénézuela qui a des vues sur le pays. Le fait qu’une communauté américaine s’installe à 60 kilomètres de la frontière est très bien vu par le gouvernement. Comme le gouvernement est socialiste, il voit d’un bon œil l’établissement d’une société qui défend l’idée de partage. Deuxièmement la communauté est considérée dans les statuts américains comme une église et non comme société ou comme personne en tant que telle. Les règles de loi diffèrent et on ne peut pas attaquer en justice une église comme une société. Fort de l’appui du gouvernement guyanais, Jones n’a donc aucun problème à gagner le pays d’Amérique du sud.

Après l’émotion, les questions et les doutes

Après l’émotion et les terribles images en provenance du Guyana, c’est l’heure des questions et des doutes quant à un véritable suicide collectif.

Effectivement de nombreuses zones d’ombres planent sur cette affaire. Tout d’abord le chiffre des victimes. Selon le médecin guyanais Dr. Mootoo, premier arrivé sur place, il n’avait recensé que 456 cadavres. Donc d’où viennent les 500 autres ? Ensuite ce même médecin a indiqué que de nombreuses victimes avaient des traces de piqûres sur l’omoplate… ! Environ 187 ! Il n’a malheureusement pas pu aller plus loin à cause de la chaleur. Ce n’est pas la façon la plus simple de s’injecter une dose mortelle de poison ! D’autres présentaient également des blessures par balles ou par flèches. Enfin et surtout, comment expliquer que la plupart des victimes soient sur le ventre les uns à côté des autres, comme paisiblement endormies et main dans la main. Le cyanure provoque des convulsions, ce qui n’est pas compatible avec les images.

On en vient donc à se poser la véritable question : est-ce vraiment un suicide collectif ou plutôt un massacre ? Il semble que la réponse soit multiple. Et certains témoignages vont apporter de l’eau au moulin. Jim Jones a effectivement prêché un sermon sur la mort qui leur était salutaire (un enregistrement audio a d’ailleurs été retrouvé). Mais il a habilement manipulé les gens en faisant croire que c’était à nouveau un entraînement. Les enfants furent les premiers à ingurgiter le breuvage. De cette manière, les parents qui avaient vu leurs enfants mourir devant eux, n’avaient pas d’autre choix que de les suivre. Les plus fervents adeptes, complètement lobotomisé par Jones ont également pris le poison sans rechigner. Par contre, il est sur et certain qu’un grand nombre ait refusé ou tenté de s’enfuir dans la jungle. Ce qui explique les traces de piqûres sur les omoplates et les impacts de balles.

Le FBI forcé de dévoiler des documents

En 1997 le FBI dévoile enfin 39'000 pages concernant le suicide de la secte de Guyane. Forcé par le magazine Freedom, sous couvert du « Freedom of Information Act » (décret pour la liberté d’information), le FBI décide de divulguer une quantité d’information sur le massacre de Jonestown. Ceci aura le don de faire un peu plus la lumière sur cette terrible affaire, indiquant notamment qu’une grande partie des morts de la secte avaient purement et simplement été liquidés par Jones et ses hommes de main.

On y apprend également qu’un grand nombre de notables et de personnalités apportaient un soutien massif à la congrégation, et notamment des députés et des sénateurs. Même la célébrissime Jane Fonda avoua qu’elle était une participante active de la secte.

Mais ce qui fit l’effet d’une bombe, c’est le fait que l’Eglise du Peuple fut harcelé, surveillé et infiltré par la CIA. De là il n’y a qu’un pas à franchir pour penser qu’il y aurait pu y avoir un complot mené par la CIA. Si les organisations gouvernementales ont pu cacher de telles informations à l’époque, il y a de fortes possibilités que d’autres secrets soient sérieusement gardés.

November 20 1978 deseret news 400 suicides add to grisly massacre 3

La théorie du complot de Christ Michael (parution en 2008)

Quelques années après ce massacre, une théorie du complot fait surface. Non seulement la CIA aurait été derrière le financement et l’installation de Jonestown en Guyane, mais en plus elle aurait utilisé le massacre du Temple du Peuple pour intervenir dans ce pays, afin de démanteler une base de missiles soviétiques entre l’aéroport de Timehri (actuel Cheddi Jagan) et Port Kaituma (près d’où se trouve Jonestown).

C’est le 31 juillet 1980 que l’affaire commence, lorsque les cinq enfants du député Ryan lance une action en justice, suite à la divulgation d’une enquête expliquant que, des agents de la CIA avaient été infiltrés dans la communauté pour tester le programme MK-Ultra. Le but de ces tests était de découvrir les effets de la drogue et du stress afin de déterminer à quel stade les individus seraient brisés et aptes à suivre des ordres aveuglément. Selon le Dr Lawrence T. Clanon, directeur de Vacaville, la CIA voulait savoir si ces drogues pouvaient être utilisées dans les interrogatoires et pour gagner la coopération des gens. (sources d’un rapport de la CIA).

Effectivement des tests avaient été pratiqués dans la bourgade de Vacaville. Les plaignants pensent que la communauté de Jonestown aurait été utilisée à cet effet, puisque des quantités non négligeables de drogues ont été découvertes sur place après le massacre. De plus, le commandant Huff, un des premiers militaires arrivés sur place a totalement corroboré les propos du Dr. Mootoo, insistant sur le fait que de nombreux cadavres avaient des traces de piqûres dans le dos ou derrière les bras et que d’autres avaient été tués par balles ou par flèches, alors qu’ils s’enfuyaient probablement dans la jungle.

Le colonel Prouty a souligné que le chef du personnel avait préparé des centaines de Body Bags alors que l’on ne savait pas encore combien de personnes étaient décédées. On ne prépare pas autant de Body Bags sans être au courant du nombre de morts. Aurait-ce été prémédité ?

Military jonestown

Et enfin, chose étrange, tous les corps ont été rapatriés directement dans l’état du Delaware pour des examens, alors que la majorité des victimes étaient californiennes. Pourquoi ne pas atterrir sur sol californien afin d’éviter un double transfert ! Surtout lorsque l’on sait que la base d’Oakland, près de San Francisco possédait tout le nécessaire.

L’autre théorie qui a le vent en poupe, c’est que la CIA était au courant des agissements de Jim Jones et qu’elle savait pertinemment ce qui allait se passer à plus ou moins court terme. Mais revenons un petit peu en arrière pour bien comprendre.

Tout d’abord, il faut savoir que la Guyane anglaise possédait une base aérienne assez conséquente à une quarantaine de kilomètres au sud de Georgetown. Construite avant la 2e guerre mondiale, cette base fut d’abord une station météorologique, avant de devenir une base de ravitaillement pour les avions qui traversaient l’atlantique en direction de l’Europe ou du nord de l’Afrique. Avec la découverte de bauxite au Brésil, elle fut également une base de départ pour protéger les côtes d’Amérique du Sud d’une éventuelle invasion des forces de l’Axe. Après la guerre, cette base fût presque désaffectée. Une trentaine de militaires s’occupaient encore de la maintenance jusqu’en 1949, où faute de crédit, la base fût rendue entièrement aux britanniques. En 1952, la base fut dotée d’un nouveau terminal pour accueillir les vols commerciaux en plus des militaires, jusqu’en 1966, où le Guyana décréta son indépendance. Les forces armées des Etats-Unis et britanniques quittèrent définitivement la base. C’est à cette époque que des sympathisants communistes américains entrèrent en jeu avec l’élection d’un gouvernement socialiste, afin de jouer les intermédiaires avec les cubains et les soviétiques. Et notamment une alliance entre la 7e génération des Rockfeller et le tout fraichement premier ministre Forbes Burnham. Burnham recevait un financement des Rockfeller, et en contrepartie, ceux-ci avaient la possibilité d’exploiter les mines d’or du Guyana et d’y permettre un rapprochement avec les soviétiques et les cubains. Le but étant de faciliter le ralliement de l’Afrique pour les cubains. La base d’Atkinson Field était presque idéalement placée. N’oublions pas que 50'000 soldats cubains se sont rendus en Afrique pour tenter de mener des révolutions et d’apporter de l’aide aux rébellions socialistes. D’un autre côté, elle permettait aux soviétiques d’avoir un accès à Cuba par le sud.

Seulement voilà, les Etats-Unis n’avaient pas anticipé ce revirement de situation et la CIA eut vent de l’intention d’installation de missiles sol-air aux alentours de l’aéroport de Timehri, nouvellement renommé. Paranoïa de la guerre froide, les américains sentent qu’avec Cuba en haut et la Guyane en bas, le canal de Panama risque bien de finir sous la houlette des rouges. Seulement les soviétiques, n’étant pas idiots non plus, ont préféré déplacer en 1974 l’emplacement des missiles à l’abri des regards et à l’intérieur des terres. Concrètement, entre Georgetown et Port Kaituma…. !!!

Se posait donc un sérieux problème pour la CIA. Comment intervenir sans refaire le coup de la Baie des Cochons à Cuba, qui avait été un cinglant revers de médaille, et éviter un risque de guerre entre les deux nations. Il fallait donc pouvoir intervenir dans un contexte de préférence civil tout en détournant l’attention des russes. L’implantation du Temple du Peuple en Guyane pourrait en être la solution. Mais comment s’y prendre ?

Tout d’abord, favoriser l’exode de Jones et de sa clique jusqu’en Guyane, sachant pertinemment que l’homme dans toute sa paranoïa, risquait de devenir incontrôlable. Afin de mettre toutes les chances de son côté, la CIA poussa le député Léo Ryan à se rendre sur le site. Comment ? En lui remettant un rapport incomplet sur les agissements de Jim Jones et en invitant Margareth Singer (membre du CAN et ardente anti-sectes) ainsi que Tim Stoen (ancien assistant de Jones qui avait des liens avec la CIA) à faire pression sur le député. De plus, les élections étant toute proche, rien de mieux pour Ryan que de se faire un petit coup de publicité. Ceci étant fait, la CIA savait pertinemment que le voyage de Ryan allait certainement très mal se passer. Mais il subsistait encore le problème de l’intervention sur sol guyanais qui devait être la plus discrète possible. C’est à ce moment là que les USA décident de faire mousser l’affaire des MIG-23. Quelques mois auparavant, l’administration Carter eut vent que les soviétiques pensaient envoyer des MIG-23 aux cubains. Ces avions utilisés principalement pour de l’appui aux troupes terrestres ont la particularité de pouvoir aussi transporter certaines armes nucléaires. Les Etats-Unis décident donc de faire prendre la mayonnaise en faisant miroiter une deuxième « Baie des cochons » aux soviétiques. Même si les russes ont de la peine à croire que les USA se lanceraient dans une telle opération, ils commencent à fixer sérieusement leur regard sur Cuba. Début novembre, les américains lancent des opérations de reconnaissance au-dessus de Cuba avec des répliques d’avion U-2, si bien que les soviétiques décident de déployer une force impressionnante de sous-marins au sud et à l’est des côtes américaines. Enfin pour couronner le tout, une coalition anglaise et américaine décident de mettre le cap sur les côtes cubaines. Le 14 novembre, la crise est à son apogée et une délégation américaine se rend à Moscou pour tenter de trouver un accord à cette crise. Lors de cette réunion, l’URSS avouera avoir bien envoyé des MIG-23 à Cuba. Le Lendemain, le Washington Post titre « Vers une nouvelle crise des missiles cubains ». Comme par hasard c’est le 18 novembre que Ryan est assassiné à Jonestown et que le terrible suicide collectif se produit.

La CIA a réussi son coup, tous les regards étaient tournés vers cette crise qui n’en n’était pas une, avec aux premières loges nos amis soviétiques, qui délaissaient inexorablement la Guyane. Du coup la voie était presque libre aux américains pour intervenir non seulement à Jonestown, mais également sur l’emplacement des missiles sans que les russes puissent intervenir. Etant donné que le site des missiles se situait entre Georgetown et Jonestown, rien ne laissait supposé que les Etats-Unis étaient en train de démanteler le site. Vite fait, bien fait ! Quand aux soviétiques, après cette pseudo crise, ils ne pouvaient pas encore annoncer publiquement la perte de cette base de missile. C’aurait fait un peu tâche sur le papier.

Les têtes nucléaires ont ensuite été transportées dans des Body bags rembourrés de feuilles pour faire croire à des cadavres. C’est pour cette raison que tous les corps ont été emmenés à la base de Dover dans le Delaware et non directement en Californie. Dover se situant tout proche de l’arsenal de la base de Philips, spécialisé dans l’entreposage d’armes nucléaires. Ensuite il n’y avait plus qu’à noyer le poisson en expliquant que tous les corps avaient été rapatriés dans le Delaware pour des examens post mortem. Cette base étant la seule suffisamment grande et possédant tout le nécessaire afin de pouvoir effectuer un travail minutieux et adéquat. La boucle était bouclée.

Quand à Jones, il aurait survécu et se serait enfuit avec l’aide de l’armée américaine pour une destination qui semblerait avoir été l’Afrique, puis Israël.

Alors qu’en est-il ?

Malheureusement cette théorie a du plomb dans l’aile. Même si certains faits sont véridiques, cette théorie a été édulcorée pour en faire un complot conspirationniste. Effectivement l’aéroport de Temehri a bien été utilisé par les troupes cubaines qui se rendaient en Afrique. Encore vrai que la CIA avait fait pression et infiltré des agents au sein de la communauté, puisque cela a été corroboré par les documents du FBI divulgués en 1997. La crise des missiles cubains de 1977 est également véridique, puisque largement diffusée par les médias.

Par contre, les rampes de missiles russes sur territoire guyanais sont de la fiction. Après le démantèlement de l’Union soviétique, de nombreuses archives du KGB ont été rendues publique, et notamment les emplacements de missiles en dehors du territoire soviétique. En aucun cas, il ne fait mention de la Guyane. Qui plus est, les soviétiques n’ont jamais financé quoi que ce soit dans ce pays.

La théorie de Christ Michael n’apporte aucune preuve digne de ce nom. D’ailleurs, elle n’est pas nouvelle, puisque c’est presque un copier-coller d’une lettre audio de Peter David Beter parue le 30 novembre 1978. Ce ne sont que suppositions après suppositions. Le gouvernement guyanais a toujours démenti avoir eu des liens quelconques avec les soviétiques. Même si ceux-ci avaient des idéaux socialistes, cela ne veut pas dire qu’ils étaient de mèche avec les rouges.

Quand à Jim Jones, il est bien mort à Jonestown, puisque des images de l’époque le prouvent. Il n’a pas quitté le territoire guyanais en direction de l’Afrique et encore moins d’Israël. Forbes Burnham n’a jamais été sympathisant des soviétiques. Certes il était socialiste, mais dans une lignée travailliste et non communiste. D’ailleurs il était pro occidental. Quand à une éventuelle relation avec les Rockefeller, elle n’est que pure fantaisie et sans fondement.

Jim jones dead

Il n’existe non plus aucune preuve que la CIA ait utilisé le programme MK-Ultra au sein de la communauté du Temple du Peuple. Qu’elle l’ait infiltré, c’est une chose, mais qu’elle ait utilisé ce programme en est une autre. Et ce n’est pas parce que Jim Jones avait eu des liens avec plusieurs anciens membres de la CIA (Tim Stoen ou Dan Mitrione) qu’il l’avait forcément rallié pour ce programme. Jones était anti capitaliste et il n’avait pas franchement de la sympathie pour ce genre d’organisation.

Bref cette histoire rocambolesque de complot de la CIA avec Jones est une pure fantaisie sans preuves.

Alors que s’est-il vraiment passé ?

La paranoia et la soif de pouvoir de Jones sont les causes de cette terrible tragédie. Acculé et traqué, Jones n’a pas eu le choix que de laisser venir Ryan pour tenter d’apaiser les choses. Seulement sa paranoïa n’a pas réussi à noyer le poisson face à Ryan et la commission d’enquête. Pire, tout a dérapé par la seule faute de Jones. Se sentant démasqué, l’unique possibilité s’offrant à lui était de tenter une dernière pirouette en anéantissant la commission sur l’aéroport au moment de l’embarquement. Malheureusement, le plan n’a pas marché dans son intégralité et un avion a quand même pu décoller pour Georgetown. Dès lors Jones savait qu’il était perdu et que les représailles n’allaient pas tarder. Pour ne pas perdre la face et surtout ne pas finir ses jours dans une prison américaine, il tente de persuader ses disciples de le suivre dans son suicide révolutionnaire. Ses belles paroles et son bagout font le reste.

La paranoïa de Jones ayant tellement pris le dessus qu’elle a rendu beaucoup d’adeptes sceptiques sur ses intentions. Une bonne partie ne croit plus en ses sermons interminables et complètement loufoques. Malheureusement il subsiste un problème important, c’est que les passeports de tous les adeptes sont en possession de Jones dans un coffre-fort. Autre problème, l’éloignement du camp en pleine jungle à plusieurs dizaines de kilomètres de Port Kaituma.

Jonestown by plane

Jones fait donc préparer des fûts de jus de raisin additionné de cyanure et de valium. Il force les parents à faire boire les enfants. Ceux-ci se sentiront obligés de suivre après le décès de leurs progénitures. Les plus fidèles suivront Jones sans broncher. Mais une bonne moitié tentera de résister ou de fuir. Pour être sûr, les lieutenants de Jones injectent directement le poison via des seringues dans le dos des récalcitrants. Les autres seront poursuivis et tués par balles ou par flèches. On retrouvera même des corps bien en dehors du périmètre du camp et dans la jungle. Ce qui prouve bien qu’il ne s’agit pas d’un suicide mais d’un massacre ou d’une tuerie à grande échelle.

Rien ne permet de dire aujourd’hui si Jim Jones s’est aussi fait exécuter ou s’il s’est suicidé. La seule chose établie, c’est qu’il est mort d’une balle dans la tête. Quant à ses lieutenants, ils se sont fait arrêter alors qu’ils tentaient de s’échapper. Dans cette terrible tragédie, 167 personnes ont réussis à se sortir du piège tendu par Jim Jones, y compris ses lieutenants.

Jones and dead people

Epilogue

Malheureusement il n’y a pas de théorie de complot dans cette tragique histoire. Il subsiste certes quelques zones d’ombres concernant les faits et le déroulement de l’enquête, probablement dus aux agents de la CIA infiltrés dans la communauté du Temple du Peuple. Mais en aucun cas, il ne s’agit d’une opération visant à déloger des vilains communistes et leur base de missiles au Guyana. Tout ceci n’est que fiction. Ne cherchons pas toujours des complots lorsque des zones d’ombres subsistent dans une affaire. On peut faire toutes les suppositions et les liens que l’on veut, mais tout cela ne vaut pas grand-chose sans preuves formelles. Comme les statistiques, on peut leur faire dire ce que l’on veut, et comme expliquait le Général de Gaulle : « les statistiques c’est comme les mini-jupes, elles donnent des idées, mais cachent l’essentiel…

Cette triste histoire n’est que le résultat de la paranoïa, de la folie et de l’utopie d’un seul homme : Jim Jones. Malheureusement, le monde n’a rien appris avec cette tragédie, puisque l’Ordre du Temple Solaire ou la secte Aum nous l’ont tristement démontré.

Jonestown tomb flower